Je consacre ma vie à répondre à la question de Giacometti : comment peindre un être humain? Mais ce sont les voyages qui m'ont révélé et donné envie de peindre, dans le plaisir de la contemplation de la Nature, les liens qui nous relient avec tous les êtres vivants sur notre Planète menacée. Lors d'un séjour en Asie, vivant parmi les "Lahus Rouges", Tribu Sino-Tibétaine exilée entre autres dans les montagnes du Nord de la Thaïlande, émerveillé par leurs vêtements parés de broderies de fil, perles, graines et coquillages, m'est apparue l'idée : "Et pourquoi ne pas essayer de broder une peinture?" Le fil et les perles brodées sur la toile peinte apportèrent aussitôt un plan supplémentaire au tableau, et donc une profondeur et une sensation de réalité, de présence nouvelles. La rencontre entre la peinture à l'huile et la perle brodée en verre est la plus magique : une fusion de la pâte colorée avec la pâte de verre s'opère, les glacis de couleur se mêlent aux transparences du verre. Métissage entre l'art de la peinture et celui du bijou, de la parure; tous les deux tour à tour primitifs ou précieux. Broder un tableau, c'est aussi le percer : plaisir de la transgression. Ce qu'il y a de passionnant enfin dans l'expérimentation d'une technique picturale inédite, c'est d'avancer dans l'inconnu.